Du plus loin que je me souvienne

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Du plus loin que je me souvienne

J’entre dans le pavillon d’accueil chez Félix. L’atmosphère y est agréable et chaleureuse. Les objets y sont disposés de manière soignée et réfléchie. Je ne m’attendais pas à ça, je me sens comme chez ma grand-mère maternelle. Tout est ultimement beau, tout est propre, ça sent le bon vieux temps d’hiver. Je revois ses yeux bienveillants, son élégance, son sourire agrandi par le ravissement de me voir, une fois de plus, transformée. Ma grand-mère et ses bons petits plats du Jour de l’An. Ses histoires de Noël pleines de neige et de catastrophes. Son ton de voix délicat lorsqu’on lui faisait un gros câlin. Tout est douillet et merveilleux. Tout me rappelle, la joie que j’avais lorsque je rencontrais l’amour inconditionnel de grand-maman Claire.

Près d’une vitrine, j’opte pour un chapeau de feutre magnifiquement travaillé. Ils sont si majestueux empreints d’une charmante poésie. Si ma grand-mère me voyait, elle me dirait qu’ils me vont à merveille, qu’ils sont d’une élégance à faire rougir les plus aigris de ce monde. J’opte pour un chapeau aux couleurs de la neige, je sais bien que grand-mère l’aimerait. Désormais, lorsque je le porterai, elle m’accompagnera. De l’autre côté, j’entrevois de jolis petits bijoux faits à la main, ils me rappellent la musique et l’esprit vagabond de Félix. Je comprends alors que les créations, qui se retrouvent ici, font partie de l’histoire, notre histoire. Les unes parlent de froid et d’errance, les autres parlent de force et de souvenance. Je me dis que ces œuvres, ces cadeaux que je choisirai avec attention, ne passeront pas inaperçus au Réveillon de Noël. Ils feront partie d’une longue tradition.

J’en suis certaine, maintenant que mon regard se pose sur les charmantes marionnettes, ma grand-mère aurait adoré y venir avec moi. Elle aurait ri, se serait extasiée devant les objets en bois de grange, elle aurait adoré le goût éclatant du caramel, ses yeux seraient devenus brillants au contact des poupées de chiffon.

Tout comme moi, elle adorait Félix Leclerc, elle m’a d’ailleurs fait découvrir Bozo et sa solitude. Le petit bonheur de Félix, nous l’écoutions en boucle, serrées l’une contre l’autre, près du feu qui crépitait dans l’âtre. Aujourd’hui, elle n’est plus de ce monde, depuis si longtemps déjà. Elle me manque terriblement. Mais cet endroit féérique m’a fait revivre un moment avec elle dont je me souviendrai.

La boutique de Noël de la Maison Félix-Leclerc de Vaudreuil m’a accueilli comme Félix le fait si bien dans le film Félix Leclerc, troubadour. J’ai trouvé, non seulement, un joli chapeau, mais j’ai retrouvé quelque chose de plus précieux encore, quelque chose de brûlant qui se tisse discrètement dans nos veines, dans les racines de nos ancêtres, de notre descendance et qui me permet de dire : « J’appartiens à cette communauté, à cette vie artistique omniprésente, mises en valeur entre ces murs. » Et je me souviens que c’est elle, ma douce grand-maman, qui m’a toujours encouragé à devenir écrivain.

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